Stefanie Millinger, ou l’art de tenir le monde à bout de bras


Il y a des êtres qui semblent défier les lois ordinaires du corps humain. Stefanie Millinger est de ceux-là. À 33 ans, cette artiste, contorsionniste et athlète originaire de Salzbourg, en Autriche, ne se contente pas de repousser les limites : elle les redessine, lentement, patiemment, à la force des poignets, du souffle et d’une volonté peu commune.

Thrillseeker assumée, Stefanie a battu neuf records du monde entre 2020 et 2022, des performances qui exigent une combinaison rare de force extrême, de souplesse absolue et d’endurance mentale. plus récemment elle a fait le plus grand nombre de handstand push-ups nez au sol en une minute (femmes) : 12 répétitions, réalisé le 13 juillet 2025.

Aussi, elle a réalisé le plus grand nombre de burpees avec jumping jack, poitrine au sol, en une heure (femmes) : 753 répétitions, réalisé le 3 août 2024. Derrière chaque record, il y a des heures innombrables d’entraînement — parfois jusqu’à dix heures par jour, sans exception — et une discipline qui ne laisse aucune place à l’à-peu-près.

Parmi ses exploits les plus saisissants, il y a cette performance presque irréelle : 406 montées consécutives en équilibre sur les mains, sans que ses pieds ne touchent le sol une seule fois. Pendant toute la durée de l’effort, son corps entier repose sur ses mains, suspendu dans un dialogue silencieux avec la gravité. Elle avait déjà battu ce record une première fois en 2020 avec 402 répétitions, avant de se dépasser à nouveau l’année suivante.

Ce qui rend l’exploit encore plus vertigineux, c’est le contexte. Un an auparavant, Stefanie avait subi ce que redoutent tous les artistes du mouvement : une fracture du scaphoïde au poignet. Pour beaucoup, une telle blessure aurait marqué un arrêt, peut-être une fin. Pour elle, ce fut un passage. À l’écoute de son corps, respectant ses limites sans jamais renoncer à ses ambitions, elle est revenue plus forte, brisant des records peu de temps après sa guérison.

source: Stefanie Millinger FB

Dans cet enchaînement hors norme, un autre record s’est glissé presque naturellement : 59 minutes et 6 secondes en équilibre sur les mains. Près d’une heure suspendue à ses bras, dans un état de concentration totale où le mental doit tenir aussi fermement que les muscles. Le temps s’étire, la douleur devient abstraction, le corps un point d’ancrage dans l’espace.

Regarder Stefanie Millinger évoluer, que ce soit sur le dos d’un cheval, au sommet d’une montagne ou sur une structure suspendue, donne l’impression d’une légèreté trompeuse. Tout semble fluide, presque simple. Pourtant, chaque posture est le fruit d’années de travail acharné.

Autre record emblématique : le hula-hoop en position de planche abdominale, tenu pendant 4 minutes et 26 secondes. Là encore, elle ne s’est pas contentée d’un exploit unique. Elle a battu son propre record à plusieurs reprises, allant jusqu’à réaliser 3 minutes et 5 secondes de hula-hoop en planche sur un seul bras. Une démonstration d’équilibre, de gainage et de contrôle qui frôle l’irréel.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Stefanie n’est pas née hypermobile. Elle le répète souvent : « Les gens pensent que j’ai toujours été comme ça, mais ce n’est pas vrai. J’ai simplement toujours été très ambitieuse. » Cette ambition l’a menée vers d’autres records encore : 30 minutes et 3 secondes en dimbasana (posture de yoga), des suspensions en L-sit à la barre, à un bras, des équilibres unilatéraux qui exigent une précision chirurgicale.

Son parcours n’a rien d’un conte de fées prédestiné. Elle commence le voltige équestre à 13 ans, se forme en grande partie en autodidacte et ne vient pas d’un milieu artistique. Son père est croque-mort, sa mère employée chez Telekom Austria. Personne, dans sa famille, n’était acrobate ou gymnaste. Il lui a fallu jongler — parfois littéralement — entre des emplois alimentaires et des entraînements intensifs pour payer son loyer et poursuivre sa passion.

À 25 ans, elle se produit en voltige équestre et sera invitée à cinq reprises par le Cirque du Soleil, une reconnaissance majeure dans le monde des arts du mouvement. Mais même face aux critiques, aux doutes, aux remarques sur la « viabilité » de sa passion, Stefanie n’a jamais cessé.

Aujourd’hui, elle a créé un territoire bien à elle, à la croisée de l’art, du sport et de la performance extrême. Suspendue au-dessus du vide, dansant sur un pont ou défiant le vertige au bord d’un immeuble, elle transforme chaque exploit en œuvre vivante. La force devient élégance, l’effort se fait poésie.

Observer Stefanie Millinger battre record après record, c’est se rappeler que le corps humain est un langage — et que certains savent le parler avec une intensité rare. Sa trajectoire est un hommage à la persévérance, à la patience et à cette passion qui, lorsqu’elle est nourrie sans relâche, finit toujours par trouver son équilibre.

Et face à un tel parcours, une question demeure, suspendue elle aussi : jusqu’où ira-t-elle encore ?

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