Vivre en accord avec soi : le choix radical d'une artiste tatoueuse
Chien, poules, forêt et encre;
Marie Cauchon a construit une vie où l'art, la nature et le bien-être ne font qu'un.
Il y a des gens qui parlent de leur vie idéale. Et puis il y a ceux qui décident de la construire, même quand ça fait peur. Marie Cauchon appartient assurément à la deuxième catégorie.
Tatoueuse spécialisée en portraits animaliers réalistes, elle a quitté en 2019 le confort relatif d'un studio en ville pour s'installer dans un petit village du Québec, Saint-Ubald, entourée de forêts, de lacs, de ses animaux, et de sa propre lumière. Un choix audacieux. Un choix profondément aligné.
Tout a commencé par une question simple, posée à soi-même comme un exercice de liberté : «Si aucune règle ne me retenait et que mes décisions n'avaient d'impact sur personne d'autre, où vivrais-je? Comment?»
La réponse de Marie est arrivée clairement : à la campagne, dans un endroit où son chien pourrait courir sans laisse, avec un studio lumineux pour peindre et dessiner, et des chats endormis à ses côtés.
Pour beaucoup, cette vision resterait un rêve du dimanche soir. Marie, elle, a commencé à la construire dès le lundi matin. C'est peut-être là sa leçon la plus précieuse : prendre ses propres désirs au sérieux.
Dans son studio à la campagne, Marie pratique une forme de tatouage qui exige une présence totale : le portrait animalier réaliste. Pas de motifs géométriques, pas de flash standardisé, chaque pièce est unique, construite à partir de photos soigneusement sélectionnées, dessinée en collaboration avec le client, ajustée jusqu'au moindre détail.
«Je trace toutes les zones de lumière, le contour des yeux, chaque petit détail. Ensuite on peut ajouter des fleurs, des éléments que la personne souhaite. On construit ça ensemble.»
Ce processus collaboratif est au cœur de sa pratique. Quand un client arrive, Marie prend le temps de jaser ,de la route, du chien, de l'histoire derrière le projet. «J'apprends à connaître la personne. J'ai l'impression que ça paraît dans le résultat et que le tatouage est plus à leur image.»
C'est une vision du bien-être dans le travail qui mérite qu'on s'y attarde : ralentir, connecter, créer avec intention.
Vivre à la campagne n'est pas pour Marie un simple décor. C'est une source active d'équilibre et d'inspiration.
Chaque jour, des marches en forêt. Le silence, presque total. Les saisons qui rythment les journées autrement qu'un agenda chargé. «Ici, tu te sens toujours en paix. C'est inspirant parce que ça te fait relaxer.»
Même le confinement de 2020 s’est transformé pour elle en période créative inattendue ; longues promenades, toiles, dessins. Alors que la pandémie bouleversait le quotidien de millions de personnes et que les restrictions pesaient lourd sur la vie urbaine, son ancrage à la campagne lui offrait une forme de continuité douce et préservée. «C’était comme de grandes vacances», confie-t-elle. Non pas par insouciance face aux difficultés vécues par tant d’autres, mais parce que son mode de vie lui permettait déjà naturellement ce que beaucoup cherchaient à recréer : le retrait, la simplicité, la nature. Une chance qu’elle mesure pleinement.
Ce n'est pas du hasard. C'est le résultat d'un environnement consciemment choisi, conçu pour nourrir plutôt que drainer.
Helena, sa chienne qui approche les neuf ans. Ses chats. Et depuis peu, ses poules «tu peux développer de beaux liens avec elles aussi, il faut juste prendre le temps». Marie vit entourée d'animaux, et ne conçoit pas les choses autrement.
Pour elle, les animaux ne sont pas des accessoires de vie champêtre. Ce sont des présences à part entière, avec leurs personnalités, leurs émotions, leurs préférences. «C'est comme des petites personnes, mais dans un corps différent.»
Cette conviction profonde transparaît dans son travail. Quand elle tatoue le portrait d'un chien ou d'un chat sur la peau de quelqu'un, elle ne reproduit pas une image; elle tente de capturer une âme. Et ses clients le ressentent.
Ce que l'histoire de Marie nous offre, au fond, c'est une invitation à nous demander si notre quotidien est vraiment construit autour de ce qui compte pour nous.
Pas besoin de tout plaquer et partir à la campagne. Mais peut-être : identifier ce qui nous nourrit vraiment, et lui faire davantage de place. Créer avec intention. Ralentir les échanges. Choisir la qualité de présence plutôt que la quantité de rendez-vous.
Marie a traduit tout ça en mode de vie. Et quelque part, entre deux tatouages, au milieu de la forêt, avec son chien à ses pieds; elle a l'air de très bien se porter.
Marie Cauchon accepte des commandes de portraits animaliers en tatouage, en peinture et en dessin, via Instagram et Facebook.
